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J'te fascine !
Des mots | MM#1
Par Gaëlle Le Scouarnec

C’est doux deh !

Ah Léa… Comme de toi dire que ta moue boude c’est le moins que l’on puisse ! Tu es toute en blondeur, tout en menton pointu et tout en dents, petite carnassière. Elles ne sont pas si grandes ces dents, mais larges, incisives, prêtes à mordre, elles mangent tes lèvres et éclaboussent des rires subits, comme une lave que la moindre oscillation, la moindre fibrillation, fait jaillir, exploser, jusqu’à cette croûte terrestre, ce commun des mortels, jusqu’à nous quoi. Et puis cet écart au milieu que l’on dit « du bonheur », ça Léa, c’est ta touche chouchoute, tu nous redonnes un coin de Paradis quand dessus cette belle bévue béante de régularité, ce petit nez trompette se retrousse et là, t’es qu’une enfant, comme on dit : une belle gosse.

Mais comment en es-tu arrivée, du haut de ton jeune âge, à tous nous faire flancher ? Qu’a-t-il pu se passer ? On ne pouvait déjà plus vivre sans ton minois quand on ignorait même jusqu’à ta profession. Il y eut cette bête rumeur lancée par Topito : un mag qui ne serait que consacré à toi. Stupide intox mais à laquelle on crut tant tu étais partout ! Cela comment possible ? D’un coup on apprenait que tu étais actrice et même une formidable, avec un beau succès. Ah bon ? On avait entendu, il est vrai, tous ces titres, mais nous avions privé et Pathé, et Gaumont de nos chers 10 euros, cette fortune d’une entrée : « Belle Epine », « La Belle Personne », « Les Adieux à la reine »… Inconnue jusqu’alors déjà couronnée belle et reine.

Puis l’été 2013 ce fut là la totale : on n’entendait que ça « La vie d’Adèle ». Tant répété que raisonnait ces vers inimitables d’Aragon :

Moi je voyais briller au-dessus de la mer
Les yeux d’Elsa les yeux d’Elsa les yeux d’Elsa

Complètement terminés à l’hystérie ambiante, en tête cela criait :
« La Vie d’Adèle, La Vie d’Adèle, La Vie d’Adèle ». Et puis clac ! Comme tous : claque. Toi tout en dents, féroce, sensuelle, agressive, fêlée, humaine. Quel film. Quelle palme.

00_HOME_JTE_FADCINE_SALONAlors en terme de réponse, il y aurait ta naissance tout de même, ce pedigree ciné amor. Tu es la petite fille de l’un, la nièce de l’autre et que sais-je encore ? Bref t’es d’une famille percluse de grands-grands pontes du grand écran. Et toi tu t’en défends… souhaitant visiblement balayer les attaques, mordre les sales langues et d’un geste assumé : « Mon grand-père, le président de Pathé, n’a jamais manifesté le moindre intérêt ni levé le petit doigt pour ma carrière. Et jamais je ne lui ai demandé quoi que ce soit. » On ne saura jamais si c’est bien vrai cela. Dans tous les cas tu la coupes haut et court aux méchants détracteurs et d’ici et d’ailleurs. Car la Navarre encore ne te suffira pas. Tu la joues Globe Buster Léa, jusqu’au fond du pop corn : « Inglorious Basterds » Quentin Tarantino, « Robin Hood » Ridley Scott, « Midnight in Paris » Woody Allen, « Mission : Impossible – Ghost Protocol » Brad Bird. Bientôt « The Grand Budapest Hotel » Wes Anderson… Excuse-nous du peu.

Quand ici, tu joues pour le top de l’avant-garde et du respect : Catherine Breillat, Jean-Pierre Mocky, Christophe Honoré, Abdellatif Kechiche, Rebecca Zlotowski…

Tu les alignes gentiment les bons points et même avec méthode, discrète et efficace. La pub, la mode, le monde est à ta botte et tu nous traverses ça telle une belle des champs sur un tapis de fleurs ! Tu te balades comme l’on dit, et sans subir les affres pourtant classiques chez les étoiles naissantes du noir tiercé : jalousie-médisance-injures… Robocopette, fine rusée que tu es, sort de ce joli corps !

Tu cherches tes mots en interview. Tu as un rire plus nature on succombe. Tu sembles cool, décontractée, excitée. Carrément heureuse d’être là, tant éloignée de la blasitude fatale des starlettes.
Une assez bonne diction à peine chahutée par une couleur plus perso, crue. Les deux te font jongler entre aristocratie racée et une toute sympathique légère vulgarité. Phrasé nature, rentre dedans, empulpé par tes lèvres un peu envahissantes, et ce débit pressé qui dénonce une soupçonnée petite, s’il en est, rage de vivre. L’amande de tes yeux chats étire mais referme leur mystère sur eux-mêmes, sur cette constante provocation qu’ils jettent à qui en veut : tout l’monde. Ton silence tue.

Tu es bien née certainement, mais s’il y a une raison, à la foudroyance de ton succès ce serait bien cela : ton mystère, toi toute en contradiction, reine altière et fraîche gamine du peuple. Ils te prennent tous, ils te choisissent, ceux qui ont bien compris déjà que ton inexplicable truc, on tentera oui, on tentera tous de le sonder au travers de tes rôles… Si différents soient-ils, on peut toujours courir, nous n’en apprendrons rien, ou trop peu ou juste un aperçu. Car ta force, insolente maline, ta force est là : nue partout, exhibée, torride, mise en scène légère et même garce de service : tu ne te donnes pas. Et comme on aime à dire « c’est doux deh ! ».

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