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Edito
Des mots | MM#2
Par Gaëlle Le Scouarnec

Exquises Marquises

Quand au doux mois de mai, les rives des fleuves et les parcs nous accueillent pour la célébration annuelle de la chips, la cacahouète, le saucisson, le surimi et la bière tiède, bref au temps de grâce de l’apéro, nous, téméraires, on vous propose un numéro « exquises marquises ».

Si l’heure n’est plus à la Cour, si l’on se fait des manteaux d’une aristocratie qui ne brille plus que par sa discrétion, nous consacrons ce numéro à louer les mondaines que vous êtes et dont nous sommes. La mondaine n’est, dit en passant, pas nécessairement une dame, le genre est féminin mais l’espèce unisexe. Mondaines de sortie, urbaines, intelligentes et selon votre et notre façon, mécènes des arts, car curieuses, et de tout.

Alors on fait l’impasse sur la Marquise des Anges. Il nous tentait tant de moquer l’anachronique Angélique, ses yeux de biches et son make up sixties, ses “Geoffrey!” en mousseline vaporeuse. On fait l’impasse sur l’empoisonneuse Marquise de Brinvilliers. À regret. Après tout, elle ne fit que se rendre service, d’une même pierre faire justice à des frères incestueux et un père tout-puissant. On fait l’impasse sur la Marquise de Sévigné, the press people et pipelette épistolière du XVIIe. On fait l’impasse sur les célèbres favorites royales, la coquette de La Vallière, l’orgueilleuse de Montespan, l’innocente de Fontanges, la roturière et cultivée de Pompadour… ces demoiselles qui lancèrent des modes ou animèrent des salons aux invités prestigieux. On fait l’impasse sur la belle comédienne, Melle Du Parc dite Marquise, qui les rendit fous ; et Molière, et Racine et les frères Corneille*. En somme, et pour cette fois, on fait l’impasse sur Versailles.

Il faut avouer, vengeons-nous, que nous souhaitions interviewer de vraies marquises. Nous fîmes appel aux expertes du Bottin Mondain, qui diligemment nous procurèrent une liste conséquente de quelques spécimens portant encore et la tête et le titre. Or quand à notre grand dam, toutes ou presque de ces raffinées personnes nous raccrochèrent au nez, faisant fi des règles de la bienséance à la portée des pourceaux, nous décidément décidâmes : notre noblesse serait du cœur.

Place aux marquises de nos soupirs, aux ostentatoires, aux modernes, aux sûres d’elles, aux enviées, aux sublimes qu’il nous plut d’interviewer, de photographier, de mettre en boîte, d’admirer, de porter au pinacle.

La Marchesa Luisa Casati, les artistes de Chez Michou, les déesses Kumari, Natalia Vodianova, Vivienne Westwood par Juergen Teller, Lolita, Daria Werbowy… Celles qui selon nous méritèrent le précieux titre et valurent le temps, l’effort et l’art, d’être célébrées dans ce modeste numéro.

Et comme à Port-Réal, servons-nous d’obséquieux : « My Lord », « My Lady ».

Gaëlle Le Scouarnec
Fondatrice de Marquise Magazine

*Allez, belle Marquise, allez en d’autres lieux

Semer les doux périls qui naissent de vos yeux.

Thomas Corneille

 

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