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Des gens
MM#4
Par Gaëlle Le Scouarnec | Photographie Christian Mamoun

Et… Il y a « Lia ». Marquise et techno princess.

Comment te présentes-tu ?
Je m’appelle Lia Catreux mais en tant que DJ, j’ai un pseudo : Aurora Chrome. J’ai longtemps été modèle, styliste et j’ai toujours fait des petits boulots de comédienne.

Comment a commencé ton activité de mannequin ?
J’étais la pire des ados, le genre gentille mais insupportable et particulièrement sur le plan scolaire. J’étais différente et il était hors de question pour moi de continuer l’école après mes 15 ans, à mes risques et périls. J’ai donc décidé de m’improviser mannequin. Je préférais apprendre et me cultiver à ma façon et me sentir libre, tout en faisant le CNED à la maison. Mesurant 1m73, je me suis faite recalée par beaucoup d’agences, d’autres faisaient la promesse de m’engager puis ils changeaient d’avis, tandis que je devenais pire qu’anorexique. C’est mon incroyable persévérance qui m’a permis d’avancer dans la vie. Un jour, j’en ai eu marre qu’on me dise non, alors j’ai sonné chez City Models, et j’ai insisté. De mes 16 à mes 19 ans, j’ai été mannequin professionnel, mais même si je vivais de mon métier, c’était difficile. Maintenant j’ai 23 ans et les choses ont complètement changé. Ma passion penche vers la musique et je veux évoluer dans ce domaine. Je continue à faire des photos pour le fun mais je me considère désormais comme DJ.

Es-tu représentée par une agence ? Que penses-tu des carcans de la beauté ? Te considères-tu comme un OVNI ?
Je suis dans des agences qui me permettent de faire ce que je veux à côté, comme Contrebande et Wanted. À force de se surpasser pour rentrer dans les stéréotypes de la mode, non seulement ton corps fatigue, mais c’est toute ta personnalité qui meurt à petit feu, à la différence des filles qui sont naturellement grandes et maigres, ou celles qui sont faciles à « dompter ». Alors j’ai décidé d’être belle à ma manière. Je ne pense pas avoir un physique assez bizarre pour me considérer comme un OVNI, mais je préfère miser sur mes atouts naturels et instinctifs plutôt que chercher à ressembler aux autres ou aux critères de la mode. Il y a 1 396 491 649 sortes de beautés différentes, pourquoi chercher à n’en représenter qu’une seule et unique ?

 

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Exercer ce métier quand on n’a pas les mensurations « standard », ça accentue les complexes ou ça t’en libère au contraire ?
C’est assez fou mais moins mes mensurations devenaient « standard », plus mes complexes disparaissaient ! J’ai été tellement maigre que je me transformais en légume et je devenais dépressive. J’ai le défaut d’être excessive, mais j’ai appris à le gérer. Par exemple avant, le moindre gâteau me faisait peur, tandis qu’une fois que j’en prenais cinq, je me disais que je n’étais plus à ça près. Je me rendais compte que ce n’était pas la fin du monde et qu’en me prenant moins la tête, les choses se stabiliseraient d’elles-mêmes. Comme par hasard, je suis devenue bien plus productive, joyeuse et intelligente : vivante en somme ! Finalement, je n’ai jamais été grosse, au pire des cas, bonnasse !

Quelles ont été tes expériences les plus insolites en tant que mannequin ? En gardes-tu un bon souvenir ?
Je n’ai défilé que très peu, à cause de ma petite taille. Avant ça me faisait rêver mais maintenant, plus du tout. Cependant j’ai défilé deux fois cette année pour Manish Arora avec mon petit chien coloré, Fluffy. Ça m’a beaucoup plu car le public est devenu hystérique, et la joie, c’est contagieux ! J’ai fait la campagne pour le parfum Benetton, j’ai beaucoup posé pour différents magazines et pour des lookbooks, des édito mode pour le web, etc. Des histoires insolites… je pourrais en faire un livre ! Par exemple, on m’a demandé de faire des UV la veille pour le lendemain et je suis arrivée sur le set rouge écrevisse ! Il y a les shoots à l’autre bout du monde où je mourais de froid et pour lesquels je n’ai jamais reçu les photos. Un jour, une agence m’a envoyée shooter avec un photographe connu qui m’a proposé une soirée sado-maso pour avoir les photos mais bon, « C’était pour rigoler… » (Pas besoin de préciser que je n’y suis pas allée, si?). On m’a aussi mis une vraie peau de poisson sur les cheveux pour le style « sirène ». Catégorie cheveux, on devait me faire une coloration pastel qui a viré au vert stabilo. Enfin, je suis restée sur un podium tournant pendant des heures jusqu’à ce que je tombe dans les pommes ! Mais tout ça me fait plus rire que pleurer. Bien sûr, j’ai aussi une tonne de bons souvenirs et j’ai passé plein de moments géniaux, mais c’est moins drôle à raconter ! Dans l’ensemble, les mannequins sont chouchoutés. C’est juste un métier d’aventures ! Il ne faut pas avoir peur. Savoir se lâcher est capital et je n’ai eu aucune limite pendant longtemps, mais il vaut mieux garder un certain contrôle.J’ai toujours été moi, jusqu’au bout, mais c’est seulement en quittant le système rigoriste des agences que les choses ont commencé à payer. Avant, pour les castings et les shoots, on ne s’intéressait qu’à mes mensurations. Mais, quand j’ai commencé en freelance, j’ai fait beaucoup de shoots et d’interviews chez moi ou avec mes propres tenues, j’étais libre d’être moi-même et ce n’était ENFIN plus un point faible ! J’ai mon mot à dire, je peux choisir les poses qui me correspondent… Les choses ont complètement basculé et c’est là que je suis devenue heureuse.

 

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Tu as un look mi-marquise, mi-techno-princess ! Comment définirais-tu ton style ? Es-tu une excentrique née ou est-ce un travail sur ton image ?
Oui ! J’ai un côté marquise-techno-princesse ! Merci, ça me fait plaisir ! J’ai toujours eu un style borderline, dark et naïf à la fois. C’est ma personnalité, je n’ai jamais rien fait exprès, j’avais même des ennuis à l’école à cause de ça ! Mais je n’en avais rien à faire, comme toujours. Avant j’étais mi-punk, mi-chicos, j’ai dérivé vers la princesse par la suite. C’était du second degré au début, je mettais des trucs hyper roses et irisés, très kitschs, une sorte d’auto dérision pour assumer mon côté enfant naïve, puis j’ai mûri et je me considère maintenant comme une femme. Je me suis battue sur beaucoup de choses et je rentre dans une sphère galactique de princesse guerrière au premier degré, avec beaucoup de références qui passe du Moyen Âge au futur tech 3.0, prête à conquérir le monde et me sauver par moi-même. Mes fesses rebondies ont également envie d’avoir un style badass, et tout est compatible pour moi, je ne ressemble à personne ! Je ne joue plus l’ironie, et mon look de princesse est fondamental, car je n’ai pas honte d’être hypersensible et d’avoir confiance en moi ! J’ai grandi dans une bulle, protégée du monde et du danger, avant d’atterrir sur terre.

Présente-nous Fluffy ! Fait-elle partie de ton personnage ? Comment expliques-tu cette weird mania dans le monde de la mode ?
Fluffy est BFF! J’adore mes chats mais j’ai une complicité très spéciale avec elle, parce que c’est un chien certes, mais elle est loin d’être bête ! Sa joie de vivre et son amour pour moi me donne envie de la gâter et de partager plus qu’un rapport maître-animal. Elle écoute la même musique que moi, elle me fait confiance, m’accompagne partout, voit les mêmes personnes que moi, c’est toute une vie qu’on partage, c’est un lifestyle ! Je l’ai teintée en sachant très bien qu’elle n’en souffrirait pas une seconde. Cela fait plus de deux ans qu’elle change de couleur. Je fais faire la teinture tous les deux mois chez un toiletteur compétant. Les gens font des remarques, ils critiquent sans savoir et ça me fait bien rigoler. Ceux qui nous connaissent l’adorent par contre, c’est la petite mascotte ! On fait beaucoup de photos ensemble. J’ai décoré mon appartement selon mes goûts, et je n’y suis pas allée par quatre chemins. Ça m’a fait énormément plaisir de voir les invités très à l’aise dedans, alors qu’ils n’ont pas du tout mon style ! Il est également très demandé pour les tournages et les shoots photos.

On en parle et on le juge beaucoup cependant il n’y a pas plus subjectif… Quelle définition donnerais-tu de « la beauté » ?
Je ne sais pas, je suis désolée, pour moi c’est quelque chose de trop abstrait pour en débattre. Mais il faut savoir la trouver par l’instinct et non pas par la tendance. Ouvrez juste les yeux, elle est partout !

Quels sont tes projets ? As-tu des rêves ?
Oui ! Musique mode cinéma et encore musique ! Je suis DJ depuis peu et j’ai encore à apprendre, mais je sais enfin ce que je veux faire. Je passe des heures tous les jours à acheter des morceaux, la plupart inconnus du grand public, je développe beaucoup ma culture musicale. Franchement ? J’ai tellement eu de rêves qui n’ont plus de sens pour moi aujourd’hui que je m’en passe sans problème ! Je suis tellement bien dans le présent que je me laisse aller, je fais de mon mieux et tout ce que je souhaite faire de bénéfique, je le fais tout de suite, je n’attends pas. Donc pas de rêve ! Je veux du réel, de la folie, et dès maintenant !

 

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Look 1 :
robe NATARGEORGIOU, bottines CESARE PACIOTTI, bandeau DONIA ALLEGUE, sac ZOOBEETLE, boucles d’oreilles, ROSSELLA JARDINI, lunettes KUBORAUM – Look 2 : veste, pantalon et chemise ROSSELLA JARDINI, bottines CESARE PACIOTTI, lunettes GUCCI, bague AURÉLIE BIDERMAN.

 

Direction artistique : Gaëlle Le Scouarnec
Photographie : Christian Mamoun
Stylisme : Chloé Gray
Maquillage : Océane Sitbon
Coiffure : Yui Hirohata
Modèle : Lia Catreux

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