2790
Faune Urbaine
Des gens | MM#4
Propos recueillis par Gaëlle Le Scouarnec | Photographie Lucie Sassiat

Renata, mannequin.

De Vénus à Jennifer Lopez et Ricky Martins, en passant par Marilyn Monroe et James Dean, on a fini par épuiser un certain concept de la beauté. Une trempe inédite de mannequins hommes et femmes déboulent sur nos papiers, sur nos écrans : qui rasé, qui tatoué, qui grande taille, qui senior, qui no gender… Pourtant en plein coeur d’une tendance ultra suivie par tous, de ce nouveau désir de beau, désir de sensation davantage que de symétrie semble-t-il, un terme est lâché en pâture : “atypique”. Donc quoi ? Anormal ? Étrange ? Monstrueux ? Et qu’en pensent ces mannequins renégats ?

Racontez-nous votre histoire Renata ! Comment vous êtes-vous retrouvée à Paris ?
Je suis née près de Berlin. J’ai découvert une photo de moi, posant déjà à 5 ans pour une marque allemande de nourriture pour bébé. Mon père pratiquait l’escrime quand il était étudiant. Il en avait gardé une balafre. Chaque année, il avait une réunion avec les anciens membres du club et j’y ai rencontré mon premier mari. C’était un baron. À l’époque, j’étais étudiante en Histoire de l’art. Ensuite, je fus décoratrice pour le théâtre. Puis j’ai rencontré mon deuxième mari dont je porte le nom. Son père était carrossier chez Porsche, alors je pouvais choisir : la rouge, la noire… Dans ce cadre, à la fin d’une semaine franco-allemande à Stuttgart, le PDG de chez Dior a appelé mon mari pour lui dire qu’il m’avait remarquée. Ils cherchaient une ambassadrice mode pour l’Allemagne. C’était les années 60. J’ai commencé ainsi à faire des photos pour la presse. Mon mari était fier, mais pour moi à l’époque, c’était normal. Avant cela déjà un homme m’avait interpellée dans la rue pour me proposer de faire une publicité pour des lunettes très connues et je m’étais retrouvée affichée dans tout le pays ! Mon mari travaillait pour la télévision et la radio, il était critique de musique et nous faisions les grands festivals en Europe. Un jour, je l’ai quitté. Puis j’ai fait des voyages, j’avais des amis à New-York, à Londres, en Californie. Je suis venue à Paris pour un week-end et j’y suis encore.

 

IMG_1947-Modifier     IMG_1944-Modifier

 

Vous aviez quel âge à ce moment ?
Une trentaine. J’ai commencé à travailler pour le cinéma en tant que silhouette. J’ai joué de petits rôles dans une vingtaine de films. J’ai travaillé avec Sophia Loren, Catherine Deneuve, Philippe Noiret, trois fois avec Gérard Depardieu, Annie Cordy… J’ai rencontré un monsieur dans ce milieu qui m’a conseillé de contacter une bookeuse. J’ai rencontré Sylvie et ça fait 20 ans qu’elle me fait travailler par agences. D’abord chez Contrebande, puis chez Masters et maintenant chez Wanted. J’ai un contrat tous les deux, trois mois.

On vous demande des choses étranges ?
J’ai fait un clip fou pour le groupe Love Ingrid :“La Chaleur”. https://www.youtube.com/watch?v=87P8yxMJuAw. Je mangeais une glace en bikini et lunettes de soleil ! J’ai posé pour la pochette album du groupe anglais “Kill the Young”. J’ai également joué dans leur clip : j’écrasais une cigarette sur leur disque, mon chien faisait pipi contre une guitare… Et j’ai été invitée à monter sur scène avec eux, dans une grande salle parisienne. Devant tout le monde, je devais faire mine de tirer sur les câbles pour qu’ils stoppent la musique ! Le plus insolite fut de me faire interpréter Marilyn Monroe, pourtant, on me dit davantage que je ressemble à Marlène Dietrich, mais avec la coiffure et le maquillage, ça a fonctionné !

 

IMG_1925-Modifier    IMG_1963-Modifier-2   

 

Que pensez-vous de la mode actuelle ?
Je vois beaucoup de publicités de grandes marques avec de très jeunes filles qui n’ont même pas l’âge de se payer le flacon de parfum dont elles font la promotion ! Elles n’ont pas 20 ans et vivent encore avec leur maman. La mode est moins classique qu’à mon époque. Je dirais même que la mode n’existe plus, maintenant, on porte des fringues avec des trous ou des tâches sur les pantalons. Le chic avant, c’était le sac, les chaussures et le chapeau assortis, et on portait des robes, des tailleurs… Pas tellement de maquillage, mais du rouge à lèvres, oui !

Que vous dit le miroir le matin ? Est-ce que vous vous sentez belle ?
Je dis merci à mes parents, car ce sont eux qui m’ont faite. J’ai encore du succès alors je ne vais pas m’arrêter ! Ça fait du bien ! Se faire maquiller, coiffer, c’est agréable.

 

IMG_1970    IMG_2058

 

Avez-vous une routine beauté ? Que signifie pour vous être belle ?
Je ne fais rien, je mets de la crème Nivea le matin et le soir. C’est une crème allemande d’ailleurs ! Quand j’étais plus jeune, j’étais rousse avec des taches de rousseur. Mais je ne me rendais pas compte de ces choses-là. Les hommes voulaient faire ma rencontre, c’est vrai et ça collait facilement. Il y a peu de temps encore, un jeune homme m’a interpellée en me disant : “Madame, quelle classe !” Peut-être c’est ça ? Une affaire d’allure.

Il y a peu de temps, une femme qui passait dans la rue m’a demandé si je n’avais pas été mannequin dans ma jeunesse. J’ai répondu : “Oui madame et je le suis encore !”

 

IMG_1998    IMG_2001

DA : Gaëlle Le Scouarnec, Marquise Magazine
Photographie : Lucie Sassiat
Stylisme : Olivia Arnaud
Maquillage : Aya Murai
Coiffure : Yui Hirohata

Modèle : Renata @WantedModels

Boléro, soutien gorge, gaine, porte jarretelles et mules FIFI CHACHNIL – Combinette et jarretière LES JUPONS DE TESS – Tiare CHERRY CHAU – Gants AGNELLE – Collants WOLFORD

 

 

Vous aimez ? Partagez !