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Dessinons la mode
De la mode | MM#1
| Interview d’Alexandra Jubbé chez Nelly Rodi

Les grandes maisons

Peut-on parler de grandes maisons de couture ? Quelles sont-elles ? Serait-ce les plus anciennes ? Quelles histoires nous comptent-elles ?

On ne différencie pas vraiment les marques par leur ancienneté. Historiquement à Paris, la plupart des marques de mode de luxe sont issues de vieilles maisons. Elles sont nées au début du 20e siècle comme Chanel, d’autres maisons sont apparues dans les années 40 ou 50. Des marques sont tombées dans l’oubli à un certain moment comme Céline, elles ont connu des moments de faste et des moments de creux mais elles renaissent, notamment par de jeunes créateurs qui réussissent à intégrer cette sorte d’ADN stylistique à des tendances plus contemporaines.

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Chanel à gauche et à droite et Céline au center

On ne parle pas de « maison de couture » pour toutes les marques. Il y a les maisons de mode et les maisons de couture qui est un titre honorifique donné aux marques qui confectionnent de la haute couture, et ce n’est pas le cas de toutes. De plus, la liste peut changer chaque année car certaines marques arrêtent parfois leur ligne haute couture.

La haute couture apporte une reconnaissance certes, mais pour autant, on ne peut pas dire qu’aujourd’hui cela soit le seul gage de respectabilité ou d’autorité si l’on veut. Les maisons n’ont plus besoin de passer nécessairement par la haute couture pour avoir une reconnaissance.

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Dior à droite Jean Paul Gaultier au center et Céline à gauche

Il y a beaucoup de maisons qui dominent le luxe français. On peut citer Chanel, Dior, Jean-Paul Gaultier, Maison Martin Margiela, mais aussi d’autres maisons qui ne défilent pas en haute couture comme Yves Saint Laurent.

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Yves Saint Laurent

Il n’y a pas de hiérarchie mais il y a des statuts différents. Il n’y en a pas une qui soit mieux que l’autre. Ce qui les différencie peut-être c’est davantage leur positionnement, leur politique commerciale. Beaucoup utilisent énormément la ressource de leur passé.

En revanche Carven* par exemple est une marque ancienne mais n’est pas dans ce positionnement.

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Carven

Ensuite la célébrité de certaines maisons, c’est une question de connaissance de la marque. Chacune a un code, un emblème reconnaissable, des codes esthétiques. Chanel prône le camélia, le noir et blanc, le tweed, le matelassé. Mais toutes les maisons ont ces signes, ils sont plus ou moins identifiables mais c’est davantage une question de connaissance de la marque. On parle de « répertoire stylistique » de la marque. Il y a des couleurs emblématiques, des formes emblématiques… Une façon d’insérer la marque dans un imaginaire et qu’elle devienne facilement identifiable. Les directeurs artistiques piochent dedans pour créer des collections. C’est une base de création, une contrainte pouvant se plier à toutes les variations, toutes les extravagances stylistiques et contemporaines.

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Maison Martin Margiela

*NDR. À chaque maison, son histoire. Carven a été fondée en 1945 par Carmen de Tommaso. Née en 1909 –elle a aujourd’hui 104 ans– Carven vient d’une contraction entre son prénom et le nom de sa tante préférée qui l’emmenait, jeune, visiter les maisons de couture, Josy Boyriven.

Surnommée la « plus petite d’entre les couturiers », qui enfant jouait à habiller son chat, haute de 1m55 dit elle-même : « Si j’avais été une grande et belle fille, je n’aurais jamais créé ma maison de couture ». Pour cause, après la guerre, elle décide de créer des vêtements pour les femmes petites et menues, délaissées par les autres couturiers. Elève des beaux arts, elle a l’art des proportions et ses coupes allongent les silhouettes –pour rehausser la poitrine, elle créé en 1950 le décolleté balconnet réalisé par la corsetière Rose Lebigeot– et se débarrassent des volumes et des ornementations superflus.

Elle apporte un souffle de simplicité et de fraicheur, rapidement plébiscitée grâce au succès de sa petite robe emblématique à rayures verte, qu’elle baptisa « Ma griffe ».
La création est actuellement confiée à Guillaume Henry qui délaisse volontairement certains codes de la marque, comme la rayure verte. Cependant, il garde le positionnement central de Carmen : fraicheur et modernité.

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