1996
Sexo
De la culture | MM#3
| Par Romane Ganneval Ganter

Désir Orgiaque

Comme nous avons besoin de nous nourrir pour survivre, l’espèce humaine a la nécessité de se reproduire pour subsister. Et, de l’amant à l’aliment, les métaphores s’enfilent. Prenez, mangez, ceci est mon corps. Même à l’office, tout semble passer par l’orifice. Dans une petite ruelle, j’observe une femme baver devant la vitrine d’une coquette boulangerie où sont exposés des glands et des éclairs. J’entre chez la pétrisseuse aux seins lourds et au nez mutin qui officie derrière de chaudes baguettes. Posée délicatement entre le fraisier et le Paris-Brest, une religieuse au chocolat me fait les yeux doux. Je suis sauvée. J’engloutis rapidement ma victime, désir assouvi, petit sentiment de péché de chair glissant entre les cuisses comme un courant d’air. Juste en face, assis à une table en terrasse, un couple se dévore du regard. Lui avale en deux gorgées son café serré, elle sirote un thé à la menthe. Ils se désirent. Et après s’être apprivoisés, enivrés que se passera-t-il ? Ils s’embrasseront à pleine bouche, ils s’avaleront, ils s’entre-dévoreront. Le lit est une grande assiette. En cuisine comme dans les draps, les sens sont en alerte, d’abord les yeux, pupilles dilatées devant le poulet grillé ou la bouche pulpeuse et puis le nez qui capture les parfums, les odeurs du ragoût ou le fumet d’un sexe offert, et puis le goût, les papilles à l’attaque, quand le fruit fond enfin dans la bouche, quand le jus s’écoule au fond du ventre.

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Les désirs amoureux et gastronomiques sont liés. D’ailleurs, à cette question, les nutritionnistes sont unanimes. Impossible d’imaginer une bonne libido, sans un corps bien nourri, en parfaite santé. L’acte sexuel est l’expression d’un bon métabolisme où les énergies circulent. Et il ne suffit pas pour cela d’engloutir quelques tranches de gingembre servies avec un menu Q69 chez le japonais. Devant la caméra de Bertrand Blier, Jean-Pierre Marielle lâchait cet axiome : « Nous, y’a qu’un truc qui nous fait bander : c’est le Beaujolais, voilà, et la blanquette de veau ! »

Il faut respecter notre foie et nos reins responsables de la vascularisation et de la tonicité des organes génitaux. 

Exit petits verres de bordeaux, clope au bec, café en excès et passages au fast-food. Pour mieux dévorer l’être aimé, il faut plutôt le garnir de céleri, artichaut, poireau, asperges, ail, ciboulette, oignons et pour l’endurance pensez aux céréales complètes. Servez chaud. Bon appétit.

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