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Des histoires
De la culture | MM#3

Pour faire durer le plaisir

C’est une relation très ancienne et durable, elle donne à l’envie de nombreuses et savoureuses anecdotes que l’on découvre attendris par tant de naïveté, de candeur et de bêtise parfois. Elle a subi, comme toutes, des hauts et des bas, des rebondissements et des coups de théâtre, des éclairs de génie et des claquements de porte. Des interdits, des effractions, des querelles et des rabibochages. Elle a apporté soulagement, plaisir, sérénité, paix de l’âme tourmentée. Elle a eu ses faiblesses, ses manies, ses erreurs, ses retours en arrière, ses avancées prodigieuses et inespérées, elle a fait montre de courage et de persévérance ; la relation de l’homme à cette petite chose, cet objet dérisoire et vital pourrait remonter aux premières maladies vénériennes, elle pourrait remonter au désir, elle pourrait remonter à l’amour. Quand l’homme créa la capote, il sentit que cela était bon.

Comme toute histoire d’amour, “la chose” fut baptisée. Il fallait apprivoiser ce truc dont on devait s’accoutumer, cet objet étranger entre les jambes, entre les gens, entre le soi bandant et la chatte aimée. Se joua un vrai roman courtois visant à chérir “la chose”. Aussi fut-elle l’objet de ridicules et tendres petis noms. On l’appelle “Kabuto-gata” chez les chinois du Xè siècle. En 1523,  l’anatomiste italien Gabriel Fallopio la décrit comme un « fourreau d’étoffe légère, fait sur mesure, pour protéger des maladies vénériennes ». Shakespeare lui donna le doux et poétique nom de
“Gant de Vénus”.

La piquante Marquise de Sévigné, s’adressant à sa fille, la Comtesse de Grignan, qu’elle informait par de célèbres lettres des moeurs de la Cour, l’introduisit ainsi : « C’est une cuirasse contre le plaisir, une toile d’araignée contre le danger”.

01_PHOTO_1Instrument de travail en somme pour l’illustre trousseur, Casanova se devait d’entretenir avec “la chose” une relation intime. Pour lui ce fut une « Redingote Anglaise », une « Calotte d’assurance ». Une union qui ne fut pas sans ombrage, il s’en pleignait le bougre : « Je dois m’enfermer dans un bout de peau morte pour prouver que je suis bel et bien vivant ». On lui devrait le titre consacré de “capote anglaise”… Légende ? La première occurrence du mot « préservatif » apparut dans une réclame discrète en 1780, pour le compte d’une maison close au Palais Royal, grand centre de prostitution à l’époque. Début XXème, dans les boutiques spécialisées comme la Condomerie à Amsterdam, on la surnomme : “Crocodile”, “Rival protecteur” ou “Voluptueux”. Quant à la consécration de l’appellation “condom” à qui la doit-on ? La théorie la plus drôle et répandue est celle d’un Monsieur Condom ou Conton qui travaillait à la cour du Roi Charles II d’Angleterre. Il était médecin ou colonel, c’est selon, et le roi fut si ravi de cette invention qu’il le fit Chevalier. Une autre version veut que le nom soit dérivé du latin « condus”, soit le « respect ». C’est trop mignon pour être vrai.

 

02_PHOTO_2_egypt03 02_PHOTO_2_1egypt01« Condom » est une transcription du verbe latin « Condere » qui signifie « cacher ou protéger ».

Chez les Égyptiens, et ça remonte à 6000 ans avant JC, il apparaît sur des statuettes et on trouverait sa trace sur les dessins des grottes de Lascaux mais le gribouillage n’est pas probant.

02_PHOTO_2_TERS’il a parfois fonction d’étui pour protéger des branchages ou morsures d’insecte, il est indissociable de son double rôle : prophylactique empêcheur de tourner en rond des maladies vénériennes et contraceptif. Cette arme, il fallut vite explorer des techniques pour la rendre la moins désagréable possible, le but étant de l’utiliser dans les situations les plus agréables qui soit. C’est la partie loufoque de son histoire. Les matériaux qui furent utilisés pour la réalisation d’un préservatif digne de ce nom sont des plus surprenants voire dégoûtants. 1500 avant JC, le roi de Crète Minos aurait utilisé un sachet en vessie de chèvre. 1200 ans avant notre ère, les Égyptiens le fabriquèrent en lin. Ier Siècle avant JC, les Romains y vont à base d’intestins ou de vessies d’animaux. Au Xème s. en Chine c’est du papier de soie huilé. Au XVIIIème s. le plus fashion est fait en caecum* (première partie du côlon) de mouton orné d’un ruban rouge. La secla. On appelait ça des appareils d’hygiène :).

03_PHOTO_3En membrane animale, l’objet était “réparable” disons comme une roue de vélo, un bon coup de rustine et hop. Bien sûr la “roue” se perçait pendant l’acte. Les préservatifs “garantis” – parfois jusqu’à cinq ans – étaient sans aucune suture, fait du boyau de l’agneau. Lavé, séché puis rendu souple en le frottant entre les mains avec du son et de l’huile d’amande. Au XIXème au Japon, il est fait de cuir ou bien en écailles de tortue ou en corne, cette confection rigide s’avère plus pratique qu’elle n’y paraît car elle permettait aussi un usage en godemiché.

Bon en 1839, avec Goodyear on devint sérieux : la capote en caoutchouc était arrivée. Le machin est lavable et réutilisable. Il faut “juste” souffler dedans pour verifier qu’il n’est pas altéré, le laver après usage, le sécher, le talquer et l’enrouler pour le conserver à l’abris de la lumière, du chaud et du froid, et des corps gras.

En 1930, le préservatif en latex, enfin.

04_PHOTO_4En 1950, essentiellement dans le sud des Etats-Unis, vingt-cinq mille distributeurs automatiques sont installés dans les toilettes publiques ou stations-service. Mais le chemin vers cette victoire fut semé d’embûches. Privilégiant les amours illégitimes et libertines, détournant l’acte de sa fonction religieuse de procréation, esquivant la promesse des 7 fléaux d’Egypte pour se vautrer dans le péché, les queues frétillaient rebelles et semblaient défier les dieux et leur sadisme punitif. Au XVIIème siècle en France, posséder ou vendre des préservatifs est passible de prison même si Louis XIV himself en utilise. À partir de la Révolution française, son commerce est légalisé. Après la première guerre mondiale, il subit une nouvelle interdiction dans le cadre de la politique nataliste. La France, n’autorise la publicité sur le préservatif qu’en 1987 et sous réserve d’obtention d’un visa de l’Agence de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé, au même titre qu’un médicament. Big up final pour Benoît XVI. Le pape, en tournée en Afrique en 2009, prêchait l’inefficacité du produit et même son aggravation du danger du SIDA.

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Aujourd’hui il existe sans latex pour les allergiques, grande taille, sensation de ne rien porter, ultra-fin, extra-lubrifié, extra-fort, invisible, avec réservoir, forme anatomique, perlés et nervurés, retardant doté d’un anesthésique local, la benzocaïne, fruité goût fraise, banane, orange, pomme, menthe, chocolat, myrtille, spécial doté de cristal pic, épais, avec dessin de sex girl et d’animal, sensation de chaleur, « circom’ size » spécial circoncis avec sa forme évasée, fluorescent, végétarien sans sous-produits animaux dérivés, éco-responsable issu du commerce équitable… Si avec ce choix déroutant, ses couleurs arc-en-ciel, cette fantaisie ose-t-on dire débordante, on ne sort pas couvert… Ne serait-ce qu’à l’égard de cette longue traversée, cette grande quête du sexe sans danger mais avec confort, «Pour faire durer le plaisir.» (Durex).

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