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Ba Doum Ba!
De la culture | MM#2
Par Gaëlle Le Scouarnec

Céline ou la nouvelle Joconde

Est-il loin le sourire de la Joconde ? On est tenté de le croire. Jouxtant le règne des nineties, on voit poindre, poursuivant le grand voyage dans le temps de la mode, les années 2000. À savoir le bon goût : les matières synthétiques, le ras-du-cou en plastique, le look capillaire Matrix et les chaussures plateforme des 2 Unlimited. On penserait retrouver l’attitude des Spice Girl : déferlante de couleurs, sucre et dents blanches, sporty-healthy-LA. Dans cet esprit, donc, logiquement, des filles plus joufflues, joyeuses, bien dans leur Buffalo.

Non et du moins, pas en ce qui concerne Céline. La marque française créée par Céline Vipiana en 1945, d’abord boutique de chaussures pour enfant, étendue à la maroquinerie et aux accessoires dans les années 60 puis au prêt-à-porter de luxe, intègre le groupe LVMH en 1996. Enfin elle accueille en 2008 sa directrice artistique actuelle : Phoebe Philo. Avec elle l’orientation originelle d’un fonctionnel chic est poussée vers une épuration plus radicale et un minimalisme cérébral.

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Phoebe Philo, directrice artistique de la marque Céline :

La styliste anglaise et diplômée de Central Saint Martins de l’Université des Arts de Londres, conçoit des pièces agréables à porter et son discours est proche du féminisme : « Être une créatrice de mode, c’est penser aux femmes.» Elle résumait une de ses récentes collections ainsi : « Le pouvoir aux femmes ». Sa déclaration au magazine M en 2013 est sans équivoque :

« Mon travail n’a rien à voir avec le physique des femmes mais avec leur pouvoir. Mon travail, c’est de les rendre plus fortes encore. Dans la culture populaire, elles sont très sexualisées et je n’aime pas ça. J’aime la simplicité qui rassure. Je veux aller contre l’idée que les femmes sont toujours occupées à séduire. »

Influente personnalité de la mode, elle est l’ambassadrice de la marque qu’elle dessine, comme imposant un corps, le sien, une aura, la sienne. Aussi ressemble-t-elle à s’y méprendre au top charismatique Daria Werbowy qui représente la maison depuis plusieurs saisons. Mâchoire carrée, pommettes saillantes, translucide bleu, même pureté à une consonne près : “dureté”. Les traits de Daria comme ceux de Phoebe sont les bannières racées d’une femme puissante et décidée, moderne. Du cristal et de la pierre.

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Décrivant sa campagne élaborée avec le photographe Juergen Teller et Daria Werbowy : « Nous montrons une femme que nous connaissons, que nous comprenons, une femme réelle. » Pour cette dernière saison la position se radicalise. Une lumière rasante, crue, dévoile un visage nu, des cernes. S’il ne s’agit pas simplement d’une femme qui fait la gueule, place n’est plus à la complaisance mais à cette forme de bravoure qu’est l’intransigeance. Sobriété frôlant l’austérité, force d’un regard flirtant avec l’antipathie. Serait-ce la proposition d’une nouvelle Joconde ? Daria et le personnage phare du Louvre partagent l’ambiguïté sexuelle, une sorte d’androgynie, la posture rigide et l’expression d’un mystère impénétrable.

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www.celine.com/fr/collections/printemps/campagne

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