Expo

30 janvier 2016

Par Gaëlle Le Scouarnec

Andy-Warhol-Self-Portrait-1966.-Silkscreen-ink-on-synthetic-polymer-paint-on-nine-canvases

Andy Wharol, Andy Wahrol, Andy Warhol… Sait-on déjà où placer le “h” ? L’artiste est pire qu’incontournable avec ses représentations de stars figées sous les litres d’une peinture criarde, comme des icônes byzantines, l’objet d’un culte idolâtre. La patte warholienne du portrait dupliqué en myriade de couleurs est aujourd’hui déclinée en mug, en rideau de douche, en application pour smartphone ; le dénommé pape du Pop Art a réussi son coup multipliant son aura par l’ingestion de stars mondialement connues et adorées. Le Musée d’Art Moderne de Paris se consacre au caractère ironique de son oeuvre, à la contradiction totale du principe de l’objet artistique donc original et unique, par son auteur lui-même. Un suicide ? Une performance.

Doit-on parler de serial auteur ? Avec ce titre “Unlimited”, l’exposition propose une mise en abîme de cette étude, religion ?, de la répétition, comme matière d’une spirale infinie, un trou noir, la perte de tout repère, de tout format conventionnel. Une caractéristique du boum de la croissance industrielle des sixties que Warhol s’approprie peignant ses déconcertantes boîtes de soupe Campbell. Les objets de consommation courante et vulgaire sont le sujet de son art. Sur un même champ de bataille, il donne à contempler des créations représentant : cartons, stars hollywoodiennes, chaise électrique ou musique. Warhol est éclectique, no limit, constamment hors cadre, insaisissable.

Ainsi voulut-il arrêter la peinture pour se consacrer au cinema. Finalement le prisme est le même : donner à manger sa propre vacuité et son ennui, un festin cannibale. Oscillant entre gêne et incompréhension, le sentiment de provocation est une constante. L’artiste se joue-t-il du public qui cherche un message, un choix moral, un engagement ? Sommes-nous ces vaches passives et acidulées, ironiquement décoratives, sur un support banal, un papier-peint ?

Voici réalisé un challenge : un regard frais et incisif sur l’oeuvre de Warhol. Des surprises comme ces screen tests et la mise en abîme folle de ce principe de serialisation. La promenade finale “dans” cette oeuvre inedite : The Shadows, laisse le sentiment d’une psychédélique étrangeté, un trouble vertigineux. Mieux, l’on ressort peut-être sans réponse évidente mais plein de divines interrogations. Jusqu’au-boutiste, à la question posée dans cette interview malicieusement diffusée : “Est ce que c’est de l’art ?” Sa réponse, on peut la juger facétieuse, ou absurde : “Non.”

La Phrase : “If you want to know all about Andy Warhol, just look at the surface : of my paintings and films and me, and there I am. There’s nothing behind it.”

Warhol, Unlimited, jusqu’au 7 février au Musée d’Art Moderne de Paris, 1, avenue du Président Wilson 75116 – Ouvert du mardi au dimanche de 10h00 à 18h00 – Nocturne le jeudi jusqu’à 22h00
http://www.mam.paris.fr

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