Malick Sidibé (1936 – 2016)

10 mai 2016

Par Gaëlle Le Scouarnec

Le photographe malien Malick Sidibé ne fut découvert en France qu’en 1994, à l’occasion des premières “Rencontres de la Photographie de Bamako”. En 2007, il est le premier photographe à recevoir un Lion d’or à la Biennale de Venise pour l’ensemble de sa carrière. Une reconnaissance sur le tard pour l’homme qui ne s’est jamais considéré comme un artiste. Il disparaissait le 14 avril 2016 laissant une oeuvre, elle, bien vivace.
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Les années 60, au Mali, c’est la célébration d’une indépendance toute fraîche. Frottée à l’influence française, la jeunesse voue une adoration à la musique et à la danse bien sûr, à une mode toute neuve, futuriste. Les jupes sont courtes et trapèze, les pantalons s’évasent vers le bas, les cols pelle à tarte et les lunettes papillons… Le temps du twist, du yéyé et des 45 tours.

Malick Sidibé est né au Mali en 1936. Il apprend la photo en entrant au studio “Photo Service” avec un français, Gérard Guillat. Le marché de la photo-souvenir est en pleine expansion et juché sur sa bicyclette, il court les événements : les mariages, les baptêmes, les bals populaires, les surprises-parties organisées par la classe moyenne et jeune bamakoise. Il shoote au flash, les protagonistes sont pris sur le vif. Ses photos-reportages l’amènent à ouvrir son propre studio : le « Studio Malick » en 1962, dans le quartier populaire de Bagadadji à Bamako. Son succès est grand et rapide.
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Puis, c’est le portrait commercial qui prend, en majeur partie, le pas sur son travail. La jeunesse de ce quartier où est implanté son studio vient se faire tirer le portrait. Souvent le soir, avant de se rendre dans les clubs du centre ville,ils arrivent sapés comme jamais, tirés à quatre épingles, fiers d’exposer qui une montre flambant neuve, qui une moto, qui son dernier costume… C’est un Mali théâtral, un Mali rêvé, fantasmé, qui se met en scène.

Des images de Malick Sidibé une nostalgie poignante exulte. La fierté d’une jeunesse qui relève la tête et s’approprie le plus fun de la culture occidentale du moment. Mélangé à l’ADN africain, son style, sa fierté crâne, le combo est inespéré, parfait. Les vêtements coupés chez le tailleur du coin sont réalisés en copie conforme de modèles provenant sans doute d’un magazine Salut Les Copains ou inspirés de posters, de pochettes de chanteurs à la mode… De ces clichés, la postérité garde des images savoureuses en noir et blanc et pleines d’humour ; en filigrane c’est l’album photo d’une indépendance joyeuse qui des mauvais souvenirs ne gardent que le meilleur : un mélange de cultures détonnant et une jeunesse en combustion, pleine d’espoir.

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