Actualités

Journée Internationale des femmes

8 mars 2016

Par Gaëlle Le Scouarnec

DSN1qu-EUTAVdaWjZ9SqLtjt43MJournée de la femme ? Sachez déjà que cette appellation n’est pas du tout validée par les militantes, dites plutôt « Journée Internationale des droits des femmes » – ou « Journée Internationale des femmes » – à la rigueur on concèdera un laconique « Journée des femmes ». Faut-il voir cette « journée » comme une condescendance masculine voire machiste ? « Elles pleurent pour leurs droits ? Donnons-leur 24h et fin de l’histoire ! » Mais ça ce sont des brèves de comptoir et on l’espère du moins.

Comme la situation des femmes dans nos contrées, nos douillets pays industrialisés, la journée de la femme revient de loin.

3_Miss-Billington-carries-a-banner-enscribed-with-the-suffragette-slogan-Votes-For-WomenDès les balbutiements du XXème siècle, dès 1903, cette célébration était en gestation, avec les combats féministes des suffragettes, high five éternel à nos ancêtres frondeuses et courageuses qui obtinrent pour nous le droit de vote.

Mais les premières initiatives de cette journée, nous les devons précisément à des partis socialistes : en 1909 la National Woman’s Day est célébrée aux États-Unis et en 1911, en France, une première journée est attribuée aux femmes, grâce ou à cause, en fonction des opinions, de L’Internationale Socialiste des Femmes ; on revendiquait alors le droit de vote des femmes et le droit au travail, et d’ici, du haut de notre 2016 civilisé, on croirait une manif’ du Moyen Âge, des grognements préhistoriques, un grossier scénar’ de SF. Chaque année des manifestations s’organisèrent fin février, début mars, jusqu’à l’officialisation de l’ONU le 8 mars 1977 exhortant ses pays membres à célébrer cette Journée Internationale de la femme. Flou total, légende et affabulations quant au choix de cette date.

Mais concrètement, à part quelques GIFS animés et mignons qui pulluleront ce jour, que se passe-t-il durant cette journée de la femme ?

4_tumblr_inline_mixd1mYkS41qz4rgp
Il n’existe pas de programme officiel, cependant, un thème est défini chaque année par l’Organisation des Nations Unies. En 2016 le leitmotiv est catchy : « Planète 50-50 d’ici 2030 : franchissons le pas pour l’égalité des sexes. » Défaut de traduction ? Le message est vague et les objectifs sont tranquilles : « d’ici 2030 »… Donc « en 2030 on est bon », « dans 15 ans on sera heureuse », ou « un jour mon prince viendra ». Des manifestations sont organisées par l’ONU Femmes dans plus de 40 pays, avec une option littérale et démago’ en Tanzanie : un match amical de hockey opposant une équipe composée de femmes à une équipe d’hommes.

« Ensemble contre la gynophobie ». On connaissait les tristes « sexisme » et « misogynie » mais Gynophobie ? « Haine, aversion ou mépris à l’encontre des femmes ». Aïe. La définition est en effet plus radicale. Romancière et réalisatrice des films « Comme t’y est belle » et « LOL », Lisa Azuelos propose un militantisme artistique. En 2014, à la même date, elle présentait un court métrage avec en vedette Julie Gayet aux prises avec la cruauté du mariage forcé. Ce 8 mars 2016, elle lance un concours sur sa nouvelle plateforme www.nogynophobie.org. Tout internaute inscrit peut y poster photos, vidéos, textes… pour s’exprimer sur la problématique de la gynophobie, « Ce sera une grande maison artistique sur cette question. Un concours de courts-métrages sera d’ailleurs organisé et le vainqueur recevra son prix lors du prochain festival de Cannes. »

5_1939525_607203119345176_2004959873_n        5_Bis12122861_904749039590581_8884944404514214549_n

Paradoxe : on se souvient du slogan « Ni pute, ni soumise ». Mais force est de remarquer cette tendance déviante côté mode. Depuis plusieurs années, une inspiration BDSM, un fétichisme bon enfant s’est glissé dans nos vestiaires. Que portent les filles du mouv en soirée (selon l’expression consacrée par Doc Gynéco, grand chef féministe des ’90, n’est ce pas) ? On porte des harnais. Une jolie chose composée de sangles permettant d’attacher une personne. Des colliers de chienne, des soutiens-gorges à ouverture spécial torture de mamelons. Une posture de parfaite poupée soumise premier degré ? Un pied-de-nez à la domination masculine ? Une ironie quant à notre supposée soumission à laquelle nous ne croyons plus ? Notre liberté ici serait-elle si peu menacée que nous pourrions nous permettre de jouer de ses codes, de perdre un équilibre sur sa frontière, rechercher le frisson d’un nouveau basculement, à tout moment ?

6_Vignette_10395839_724852914246862_6340015498818559424_n

Crédits photo : © Absainte Paris

Vous aimez ? Partagez !

Vodounsi

24 février 2016

Par Gaëlle Le Scouarnec

243bb07676cb0981b50ec0153003e476

Que sait-on du Vaudoun ? Il y a le fantasme d’une pratique diabolique sinon, bien souvent, une batterie de clichés, de lieux communs largement véhiculés et exploités par l’industrie du cinéma. Comme Angel Heart, un film réalisé par Alan Parker en 1987, starring un Mickey Rourke plus mignon que jamais et une Liza Bonet qui se regarde. Ou en 2009, une vision naïve destinée aux enfants pourtant stigmatisante, La Princesse et la Grenouille, un long-métrage d’animation des studios Disney où l’on voit le personnage d’une prêtresse vaudoun de Louisiane. Ancrées dans l’imaginaire collectif, quelques images choc : sacrifice de poulet, bougie, messe noire, sorcellerie, en bref un folklore et des plus sombres.

Originellement le Voudoun vient de l’ancien royaume du Dahomey qui correspond au sud-ouest de l’actuel Bénin. Si l’on considère l’Afrique comme un visage, le Bénin est ce petit pays à la base du « crâne », l’Afrique de l’Ouest. Apparu au XVIIè siècle, en plein essor de la traite négrière atlantique, serait-il né de la crainte et des souffrances des rapts de la grande déportation ? Les noirs originaires du Dahomey, réduits en esclavage, apportèrent le culte vaudoun aux Caraïbes et en Amérique, aux Etats-Unis et particulièrement en Louisiane, à Cuba, en Haïti et au Brésil. Mais il s’agit d’un vaudoun syncrétique, mélangés à d’autres religions africaines ou à celles du pays de l’oppresseur.

En Amérique en effet sa pratique est plus obscure, ses adeptes, meurtris par les tortures et les conditions très dures de l’esclavage croient, sans doute par désespoir, au pouvoir de la sorcellerie, de la magie, des zombies et des poupées à épingles vengeresses.

0276fef696612f673da7e2e9400905f9

Toutefois, procédant peut-être de l’histoire d’un commerce criminel d’êtres humains, endeuillé dès son berceau, le vaudoun a un versant plus lumineux. C’est une religion monothéiste dont l’être suprême et créateur du monde est nommé en fonction des différents dialectes : Legbo Lissa, Gbedoto ou Mawu-Lisa et comme dans la version judéo-chrétienne, on le rejoint dans l’autre monde, le paradis. Monothéiste mais mère d’un panthéon de divinités, c’est tout le syncrétisme et le sens des « arrangements » à l’africaine ! Encore le fruit de mélanges et de frottement aux cultures occidentales. Depuis le XVIè siècle, le Bénin fait des échanges commerciaux avec le Portugal et la Grande-Bretagne et ces derniers en profitèrent pour démarrer des missions de conversion au catholicisme.

Proche du chamanisme, le vaudoun répartit les ressources, les forces de la nature en différents dieux que l’on prie pour apporter des bienfaits et protéger des malheurs. Le peuple du Dahomey mettait ainsi un nom et un visage en quelque sorte sur des forces invisibles, afin de se les approprier, les apprivoiser, les accepter ou les contrôler ? En plus d’une connexion aux forces de la Terre, les adeptes convoquent des ancêtres divinisés et de grandes figures animales. Ces divinités sont tout aussi protectrices que dévastatrices en somme comme toute religion où la foi est indissociable de la crainte.

danhome_1La jeune marque Danhomè, créée par le designer Sorel Adjovi, originaire du Bénin, présente une collection de vêtements du quotidien. Un vêtement fonctionnel qui en ces temps de triomphe du streetwear, revival des eighties, se mixe avec des tenues de lumière, chic et de sortie. Tee shirt, sweatshirt, hoody, un habit simple mais ici investi d’une force particulière. En fonction de la source d’inspiration, de l’aura personnelle, de la spiritualité de chacun, que l’on soit croyant ou non d’ailleurs, ce sont 7 dieux ou 7 personnalités qui vous colleront à la peau, vous prêteront leur force puisque la magie d’un talisman réside dans le pouvoir qu’on lui attribue.

Ogoun préside au feu, au fer et à la guerre.
Sakpata est le propriétaire de la Terre et le dieu vengeur qui apporte la maladie en punition aux malfaiteurs.
Dan est l’esprit vodoun de la connaissance, symbolisé par la couleuvre ou le boa. Il apporte les connaissances occultes et le savoir.
Mami Wata est la déesse mère des eaux. Elle symbolise aussi la fécondité. Elle est souvent représentée comme une sirène d’une grande beauté.
Tolegba est l’ordre et le désordre, la ruse, c’est le messager des autres dieux.
Erzulie est l’esprit de l’amour, représentée sous l’apparence d’une très belle femme.
Heviosso est le tonnerre qui rend la justice.

1_Danhome_3 1_Danhome_2 1_Danhome_5 1_Danhome_4 1_Danhome_6 1_Danhome_8 1_Danhome_7

 

Collection by Sorel Adjovi
DA : Gaëlle Le Scouarnec @marquisemagazine
Photo: Julie Michelet
Hair & Make Up : Rika Bitton
Stylisme : Amany Behounna
Bijoux : YAKSHI

 

http://www.wearedanhome.com

Vous aimez ? Partagez !

Expo

30 janvier 2016

Par Gaëlle Le Scouarnec

Andy-Warhol-Self-Portrait-1966.-Silkscreen-ink-on-synthetic-polymer-paint-on-nine-canvases

Andy Wharol, Andy Wahrol, Andy Warhol… Sait-on déjà où placer le “h” ? L’artiste est pire qu’incontournable avec ses représentations de stars figées sous les litres d’une peinture criarde, comme des icônes byzantines, l’objet d’un culte idolâtre. La patte warholienne du portrait dupliqué en myriade de couleurs est aujourd’hui déclinée en mug, en rideau de douche, en application pour smartphone ; le dénommé pape du Pop Art a réussi son coup multipliant son aura par l’ingestion de stars mondialement connues et adorées. Le Musée d’Art Moderne de Paris se consacre au caractère ironique de son oeuvre, à la contradiction totale du principe de l’objet artistique donc original et unique, par son auteur lui-même. Un suicide ? Une performance.

Doit-on parler de serial auteur ? Avec ce titre “Unlimited”, l’exposition propose une mise en abîme de cette étude, religion ?, de la répétition, comme matière d’une spirale infinie, un trou noir, la perte de tout repère, de tout format conventionnel. Une caractéristique du boum de la croissance industrielle des sixties que Warhol s’approprie peignant ses déconcertantes boîtes de soupe Campbell. Les objets de consommation courante et vulgaire sont le sujet de son art. Sur un même champ de bataille, il donne à contempler des créations représentant : cartons, stars hollywoodiennes, chaise électrique ou musique. Warhol est éclectique, no limit, constamment hors cadre, insaisissable.

Ainsi voulut-il arrêter la peinture pour se consacrer au cinema. Finalement le prisme est le même : donner à manger sa propre vacuité et son ennui, un festin cannibale. Oscillant entre gêne et incompréhension, le sentiment de provocation est une constante. L’artiste se joue-t-il du public qui cherche un message, un choix moral, un engagement ? Sommes-nous ces vaches passives et acidulées, ironiquement décoratives, sur un support banal, un papier-peint ?

Voici réalisé un challenge : un regard frais et incisif sur l’oeuvre de Warhol. Des surprises comme ces screen tests et la mise en abîme folle de ce principe de serialisation. La promenade finale “dans” cette oeuvre inedite : The Shadows, laisse le sentiment d’une psychédélique étrangeté, un trouble vertigineux. Mieux, l’on ressort peut-être sans réponse évidente mais plein de divines interrogations. Jusqu’au-boutiste, à la question posée dans cette interview malicieusement diffusée : “Est ce que c’est de l’art ?” Sa réponse, on peut la juger facétieuse, ou absurde : “Non.”

La Phrase : “If you want to know all about Andy Warhol, just look at the surface : of my paintings and films and me, and there I am. There’s nothing behind it.”

Warhol, Unlimited, jusqu’au 7 février au Musée d’Art Moderne de Paris, 1, avenue du Président Wilson 75116 – Ouvert du mardi au dimanche de 10h00 à 18h00 – Nocturne le jeudi jusqu’à 22h00
http://www.mam.paris.fr

Vous aimez ? Partagez !