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« J’peux pas, j’ai rencard » avec Morgane.

9 décembre 2018

Propos recueillis par Gaëlle Le Scouarnec, Photographie Christian Mamoun

Ou quand Marquise s’incruste chez une passionnée de mode qui doit filer comme une étoile.
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Qui es-tu Morgane ?
Salut Marquise ! J’ai 27 ans et je suis une amoureuse de l’amour. J’aime aimer, j’aime le dire, j’aime l’écrire, j’aime le lire et le relire. J’aime les mots d’amour qu’on chuchote au creux d’une oreille, qu’on crie dans la nuit, qu’on laisse à découvrir au matin sur le coin d’une table, qu’on aperçoit sur son téléphone à un moment imprévu. Ces mots-là, je ne veux pas les perdre, et plus encore : je veux les extraire du moment où ils ont été écrits ou lus pour n’en garder que la fulgurance. C’est pourquoi j’ai créé Amours solitaires, le compte Instagram collaboratif qui compile les plus beaux messages amoureux en langue française et qui fomente chaque jour la Révolution de l’amour. Je viens également de publier aux éditions Albin Michel le roman épistolaire 2.0 Amours solitaires qui retrace une histoire d’amour grâce aux SMS de 278 contributeurs.

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Quel serait pour toi le meilleur sms pour inviter à un rencard amoureux ou coquin ?
Aujourd’hui plus que jamais, l’écriture joue un rôle fondamental dans la séduction. Je pense à toutes les applis de rencontre, aux réseaux sociaux, aux SMS : on se doit de savoir écrire si on veut séduire. En tous cas pour moi c’est rédhibitoire, mais je ne suis sûrement pas un bon exemple… Les SMS servent à construire un fantasme, à faire rêver l’autre, à se faire désirer et à se rendre unique. L’écriture, c’est la distinction suprême. On pourrait prendre exemple sur Musset qui écrit à George Sand après l’avoir croisée pour la première fois : « Vos beaux yeux noirs que j’ai outragés hier m’ont trotté dans la tête ce matin. » Ou sur un amoureux solitaire, qui en toute simplicité répond ceci :
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Quel fut ton premier rdv littérature et mode?
Mon premier rendez-vous en littérature fut sans hésiter avec Marguerite Duras et son célèbre Marin de Gibraltar. Partir à la recherche d’un marin sur toutes les mers du monde après seulement une nuit, sans savoir s’il existe vraiment ou s’il n’est qu’une construction fantasmatique… Quel sujet magnifique!
Quant à la mode, je crois que mon premier rendez-vous fut lorsque j’ai découvert les clips de David Bowie au Lycée. J’ai adoré cette idée de la métamorphose, du costume, de la transgression des codes et surtout cette touche irremplaçable des années 80.
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Quelle est l’impression que tu voudrais donner de toi ? Une fille mignonne ou une fille intelligente ?
Je trouve la distinction jolie/intelligente assez sexiste. Je préfère qu’on me voie comme quelqu’un de sage, confiant et de confiance.

Quels seraient tes icônes mode et/ou intellectuelles ?
Une femme qui incarne un fantasme à la fois littéraire et mode : Colette.
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Pour un rdv, un entretien… Quelle est ton arme pour charmer l’œil et l’esprit ?
Être drôle, vive d’esprit, avoir de la répartie et utiliser des mots peu usités. Pour charmer l’oeil, j’aime soigner mon style vestimentaire pour véhiculer tout ça d’une autre manière. Je m’habille principalement dans des fripes, Guerrisol, Emmaüs, Chine Machine… J’ai du mal à définir mon style qui est chaque jour différent, selon comment je me sens au moment où je dois mettre le pied dehors. J’aime autant l’esthétique romantique que punk, avec une préférence marquée pour les années 80 tout de même, ce qui laisse un large éventail de possibilités !

Quel est ton lien avec la marque Neith Nyer ?
J’ai connu Neith Nyer en posant pour un shooting avec Céline Bischoff pour pairs project. Je suis tombée immédiatement amoureuse de leurs très grosses boucles d’oreilles reliées l’une à l’autre par une chaîne et de leurs cols roulés beige et rouge avec des piercings. J’aime l’idée de mélange qu’il y a dans l’esthétique de la marque. J’aime aussi l’influence des années 80, 90, à mi-chemin entre la rébellion et la nostalgie. Deux notions dans lesquelles je me retrouve ! Porter un magnifique bomber noir en cuir très imposant sur cette robe transparente et légère en était particulièrement représentatif.

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Si Neith Nyer était un auteur ?

Baudelaire ! Pour l’anticonformisme et la rébellion mêlés à la poésie fulgurante et la mélancolie noire.

Quels sont tes futurs projets ?
Le lancement de la newsletter, la publication d’articles abordant des thématiques amoureuses et sexuelles sur le site, et continuer à mener de front la Révolution de l’amour !

Quel serait ton rendez-vous idéal ?
Mon rendez-vous idéal serait avec Vladimir Maïakovski, un poète et dramaturge russe. Un soir de décembre à Moscou, nous dînerions sous un immense lustre en cristal, dans un temple russe.

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http://neithnyer.co/

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Matt Henry expose à la Galerie Polka. I’m All Shook up !

27 septembre 2016

Gaëlle Le Scouarnec

L’Amérique s’invite à la galerie Polka avec The Trip (2015) et The King (2009), deux séries réalisées par le jeune et cool photographe anglais Matt Henry.
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Aujourd’hui trentenaire, l’artiste eut une adolescence plombée par l’ennui dans sa province anglaise ; il tuait le temps et la vacuité d’une existence morne à grand renfort de films en VHS et de séries télévisées, avalant les images de cette junk food qu’est la culture américaine dans sa version la plus pop, cheap, fossilisée dans les couleurs criardes et les mythes de propagande de ses années 60 et 70. Une Amérique datée, momifiée.
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The Trip est un conte photographique, conçu comme un film, une expérience psychédélique. Dans l’antichambre de l’enfer, comme un purgatoire, les néons d’un motel/diner scintillent dans le désert californien. 7 personnages d’une autre époque, aux gueules et aux looks calibrés, se retrouvent fortuitement pour partager une aventure aux frontières de l’inconscience, de l’onirique, d’une bonne défonce. Un entrelac de perruques, de bourbon, drogue et grosse bagnole… Une intrigue peut-être secondaire devant le sentiment que ces êtres errent dans leur propre corps, perdus entre la réalité et la fiction, copiant les dégaines de leurs idoles. Existent-ils vraiment derrière leur costume, leur masque ?

La courte série The King révèle l’omniprésence visuelle d’Elvis Presley. Saint des saints, mythe royal dont la survivance s’imprime sur des objets dérisoires, éphémères et quotidiens. La subsistance d’une image, celle d’un homme idéal, viril et bien élevé, nourri au bon maïs américain. C’est encore la trace d’une nostalgie déchirante et tenace, une ancre désespérée dans ce nouveau monde ou les points de repère se délitent.
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Matt Henry à la galerie Polka, 12 rue Saint-Gilles, 75003 Paris
Jusqu’au 29 octobre 2016
http://www.polkagalerie.com/fr/exposition-the-trip-matt-henry.htm

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Fashion Forward

8 juin 2016

Par Gaëlle Le Scouarnec

Le Musée des Arts Décoratifs de Paris fête les 30 ans de sa collection avec Fashion Forward, une exposition retraçant trois siècles de mode par une impressionnante frise chronologique regroupant les plus belles pièces d’un vestiaire féminin, masculin et enfantin du XVIIIe siècle à nos jours. Grâce au surprenant mécénat du géant textile suédois H&M, le musée présente 300 pièces parmi les 150 000 de sa collection, enrichie d’archives de créateurs comme Elsa Schiaparelli, Madeleine Vionnet ou Cristobal Balenciaga. Fidèle à la mission des Arts Décoratifs, c’est une mise en lumière des beaux arts appliqués, s’entend la connexion de l’industrie à la culture, de la création à la production, du beau à l’utile.
Robe_de_cour_vers_1778      Habit de singe, 1730-1750

Le bal s’ouvre sur une emblématique robe de Cour située entre 1740 et 1745. L’étroitesse surnaturelle de la taille, coquetterie d’un autre temps, plante le décor le plus fantasmé de l’histoire du costume : Versailles où le décolleté des dames faisait mouche dans les luxueux salons. Les costumes habillent des mannequins sans visage dans une scénographie sobre. La mise en scène s’anime de tableaux de vie esquissés et agrémentés d’objets puisés dans d’autres collections du musée : des tentures, des pièces de mobiliers… Les décennies défilent, le vêtement témoignant de l’évolution spectaculaire des mœurs et de la libération de la femme. Elle quitte le carcan de la crinoline pour de simples jupons à la Belle Époque et une silhouette encore corsetée et très structurée. En 1907 Paul Poiret supprime le corset. Le style est empire avec une taille qui monte sous la poitrine, des lignes de robes simples et libres. L’après-guerre marque un tournant décisif. Les femmes sont sorties du foyer, elles travaillent, revendiquent des droits et leurs vêtements se modernisent radicalement. Les années 20 et 30 voient un apogée du chic avec des robes sublimes réalisées par les plus grands noms de l’histoire de la mode : Jeanne Lanvin, Madeleine Vionnet, Gabrielle Chanel, Chistian Dior.
Charles James, Robe du soir Cygne, Haute couture, automne-hiver 1955-1956      Cristobal Balenciaga, Ensemble du soir, Haute couture, automne-hiver 1961

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On quitte des couloirs aux lumières tamisées, une ambiance feutrée pour le faste éclatant de la grande nef. Une illustration de l’essor de la mode ? Le grand espace et les lumières pleins feux donnent un lustre particulier aux créations contemporaines. De 1939 à nos jours, c’est une rétrospective, un podium de pièces icônes comme le décolleté de Guy Laroche qui dévoilait la chute de reins de Mireille Darc dans le film Le Grand Blond avec une chaussure noire. Ce bouquet final emporte un ravissement devant les gloires passées, celles d’un futur ou d’un presque présent : les pièces des collections automne-hiver 2016-2017, signées par les enseignes les plus jeunes et branchées comme la griffe Vetement et sa longue robe-jogging rouge à capuche, trait d’union de l’ancien et du moderne, inspiration à mi-chemin entre austérité monacale et fantaisie avant-gardiste.

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Fashion Forward
, jusqu’au 14 août 2016 au Musée des Arts Décoratifs, 107 rue de Rivoli, 75001 Paris –
01 44 55 57 50 – Résa : http://billetterie.lesartsdecoratifs.fr/gammadn/adnnet/

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